Parler politique
Par Cyril le mercredi 10 février 2010, vers 10:00 - Divers - Lien permanent
Ai-je le droit de parler politique publiquement ?
C’est une question que je me pose depuis longtemps. Je l’ai déjà fait par ailleurs, mais très rarement par rapport à tout ce qui me révolte actuellement.
Je me demande si cela pose problème. Si cela peut poser problème à mes élèves ou à leurs parents qui pourraient passer ici et ne pas être d’accord, et croire que je confonds mon travail et ma vie privée. Si cela peut poser problème à mes supérieurs ou à l’Inspection, pour la même raison. Si cela peut m’empêcher d’une quelconque façon d’obtenir la carrière que je souhaite. C’est un truc de junior de penser ça. J’espère ne pas rester longtemps aussi naïf et discret.
Parce qu’un certain nombre de choix politiques vont dans le mauvais sens, à tel point qu’on peut se demander s’il sera possible d’en revenir.
- L’Hadopi maintenant mise en place est une usine à gaz qui n’aura jamais aucune efficacité (techniquement, ça ne peut pas fonctionner, mais nos députés et ministres ne l’ont pas compris).
- la Loppsi 2 sera un drame pour notre liberté individuelle. Pourquoi ? Parce que les FAI seront tenus de « d’empêcher sans délai l’accès aux contenus illicites […] désignées par arrêté du ministre de l’intérieur ». Oui, vous avez bien lu : le ministre de l’intérieur, sans jugement, va décider de ce qui est illégal sur Internet. Bien sûr, l’exemple pris est celui des sites pédopornographiques ou de vente de biens illégaux. Mais qu’est ce qui nous garantit que la définition d’illicite ne sera pas modifiée ? La diffamation est illicite, faisons couper l’accès au site diffamant le gouvernement… D’autre part, cela introduit un filtrage du net, qui est une mauvaise chose, technologiquement (le filtrage est forcément partiel et contournable, et très coûteux pour les FAI… donc pour les consommateurs), et moralement parce que ce filtrage est avant tout celui des dictatures…
- les gardes à vue sur mineur ont augmenté très artificiellement ces derniers mois uniquement pour faire passer une nouvelle loi. L’avocat Maitre Eolas, comme toujours, est à lire sur ce sujet, plus particulièrement la fin à partir de « réflexion générale ». Je ne peux m’empêcher de reproduire ici les paragraphes en question :
Nous sommes à la veille d’une réforme du droit pénal des mineurs. L’UMP, sur son site, prépare le terrain et appelle “à la fin de l’angélisme”.
Coïncidence ? Depuis début janvier, je n’ai jamais eu autant de garde à vue de mineurs. […] Non seulement on dirait qu’elles explosent, mais c’est pour des faits parfois hallucinants. Une jeune fille de 15 ans, sans casier, en garde à vue pour avoir tenté de voler une paire de chaussures en solde (40€ chez Monoprix, donc 20 € partout ailleurs ; je rappelle que ma venue a coûté 63€ au contribuable) ; un jeune homme de 15 ans, sans casier non plus, en garde à vue pour avoir fait un croc-en-jambe à un camarade à la sortie du collège. Sur ce dernier, quand l’OPJ m’a dit ça, j’ai demandé de combien était l’incapacité totale de travail de la victime : je m’attendais à une fracture ou un trauma crânien. Non, rien, elle est ressortie de l’hôpital au bout de 10 mn, pas un jour d’ITT. J’indique mon incompréhension : violences volontaires sans ITT, c’est une contravention de 4e classe, […] ça ne justifie par une garde à vue, faute de prison encourue. Réponse du policier : mais la victime est mineure de 15 ans puisque c’est un camarade de classe qui n’a pas encore fêté son anniversaire, et les faits ont eu lieu à proximité d’un établissement d’enseignement : deux circonstances aggravantes, donc cinq ans encourus, art. 222-13, 1° et 11° du Code pénal. Avis à la population : désormais, bousculer un camarade dans la cour de récréation, c’est deux heures de colle ET cinq ans de prison.
Donc, il y aurait eu des consignes pour mettre le paquet sur les gardes à vue des mineurs au nom des objectifs chiffrés. […] Quand le gouvernement sortira sa réforme de l’ordonnance de 1945 sur l’enfance délinquante, on aura un beau communiqué nous disant : regardez, la délinquance des mineurs explose, +30% sur le premier semestre, vite, vite, il faut voter une loi donnant à la justice les moyens de taper plus fort.
- ces histoires de burqa et de candidate voilée du NPA me choquent énormément. Que l’abbé Pierre ait siégé au parlement en soutane n’a jamais choqué personne. Que l’ensemble du gouvernement soit allé à l’enterrement religieux du regretté Seguin n’a choqué personne. Que Christine Boutin, députée soit aussi présidente du Parti chrétien-démocrate, ne choque personne (et je ne parle même pas de la séance de débat sur le PACS où elle a brandi la bible…). Aucun député ou gouvernant quelconque n’a de petite croix autour du coup ? Alors bon sang, arrêtez de pousser des cris d’orfraie parce que cette jeune femme porte un signe religieux… Être catholique n’est pas être plus laïc que musulman. Être laïc, c’est uniquement ne pas confondre le service de l’état et la foi, personnelle, c’est justement ne pas voir et ne pas s’intéresser aux religions des personnes. Les dirigeants de partis qui disent qu’ils n’auraient pas pris de telle candidate ne sont pas laïcs. Mais Besson dira sûrement qu’ils sont plus français que les autres.
J’arrête, je déroge à ma règle là.