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vendredi 23 octobre 2009

hadopi 2 est validée... et maintenant ?

Hadopi 2, la loi qui voudrait mettre en prison les grands délinquants de l’internet (et tous les autres), a été presque entièrement validée hier par le Conseil Constitutionnel. On attend encore (et on risque d’attendre longtemps à mon avis) les décrets d’application qui préciseront les aspects pratiques, mais en attendant, on peut déjà regarder plus en détail ce machin.

Maitre Eolas, comme d’habitude, fait cela très bien, avec la forme et la longueur qui le caractérisent. Je vous invite à lire son article sur le sujet.

Et pour les plus pressés, voici le florilège de ce qu’il faut en retenir (L’article se présente sous la forme d’un dialogue entre Maitre Eolas et son stagiaire).

— Le président actuel est d’un naturel obstiné. Il préféra changer de ministre et de loi plutôt que d’idée. Puisque le Conseil voulait un juge, il allait en avoir un, mais dans la version service minimum : le juge qui tient le stylo. L’idée était de remplacer la machine administrative à suspendre les accès internet par une machine judiciaire à suspendre les accès internet.
— En transférant bien sûr les moyens budgétaires prévus pour la CPD [Commission de Protection des Droits, bras armé de l’HADOPI] à la justice afin qu’elle fasse face à ce surcroît de travail ?
— Ah ! Ah ! Ah ! […] Restons sérieux, veux-tu ?

— […] Imagine que ton petit frère Loulou télécharge l’intégrale de Pocoyo® avec l’abonnement de ton papa. La CPD lui écrit un courriel d’avertissement.
— Papa ne sait pas ce qu’est qu’un e-mail.
— Peu importe. La loi ne lui demande pas de le lire, elle demande à la CPD de l’envoyer. Puis, la saison 2 y passant, c’est la lettre recommandée. Enfin, les agents assermentés constatent que c’est désormais l’intégrale de Caillou® qui est téléchargée : c’est la transmission au parquet. Il reçoit l’ordonnance, transmet à son redoutable avocat le dossier, qui accroche l’ordonnance à un croc de boucher en faisant opposition. À l’audience, il démontre que le jour des téléchargements, il était à une réunion de copropriété dans le Var, et que c’est son fils mineur qui est à l’origine de ces téléchargements. […] Et l’ordonnance pénale devient impossible pour punir le vrai coupable, puisque cette procédure est inapplicable aux mineurs : art. 495 du CPP.
— Par Portalis ! Mais la plupart des téléchargeurs sont des mineurs !
— Une grande partie, c’est sûr. […] D’où la solution de La Fontaine revisité : “si c’est toi, c’est donc ton père”. Le Gouvernement va créer une contravention de défaut de surveillance de l’accès internet qui permettra de condamner à une amende le titulaire de l’abonnement utilisé par un tiers (mineur vivant sous le toit ou même un tiers non identifié), cette contravention…
—…faisant encourir la peine complémentaire de suspension de l’accès internet !

— Le législateur peut permettre à la victime [les ayant droits ou leurs représentants] de présenter sa demande, à condition de fixer tout le régime procédural de cette demande. Il s’agit de procédure pénale, domaine de la loi. Le législateur ne pouvait renvoyer au décret comme il l’a fait. Le Conseil censure cette partie du texte car elle est inapplicable faute de précision. […] Ce sera pour HADOPI 3 ?
— En attendant ?
— Pour me citer moi même : les ayant droits ne pourront pas demander réparation de leur préjudice. Ils doivent sacrifier leur rémunération à leur soif de répression. Quand on sait que leur motivation dans ce combat est de lutter contre un manque à gagner, on constate qu’il y a pire ennemi des artistes que les pirates : c’est l’État qui veut les protéger.

— C’est donc une victoire pour le Gouvernement ?
— Politique, sans nul doute. L’affront du mois de juin est lavé, et le Gouvernement peut feindre de déposer aux pieds des artistes la dépouille de leur Némesis.
— Et vous maintenez votre pessimisme sur l’efficacité de cette loi ?
— Absolument. C’est une journée des dupes. J’en veux pour preuve que la loi se fait seppuku à l’article 9, non soumis au Conseil, et pour cause !
— Que dit-il, cet article ?
— “Pour prononcer la peine de suspension prévue aux articles L. 335-7 et L. 335-7-1 et en déterminer la durée, la juridiction prend en compte les circonstances et la gravité de l’infraction ainsi que la personnalité de son auteur, et notamment l’activité professionnelle ou sociale de celui-ci, ainsi que sa situation socio-économique. La durée de la peine prononcée doit concilier la protection des droits de la propriété intellectuelle et le respect du droit de s’exprimer et de communiquer librement, notamment depuis son domicile”. Autant dire que face à autant d’obstacles à franchir pour prononcer une simple peine complémentaire que rien ne l’oblige à prononcer, la hargne répressive du juge sera mise à rude épreuve. Ajoutons à cela que les pirates auront désormais un sentiment d’impunité puisque tant qu’ils n’auront pas reçu le recommandé du deuxième avertissement, ils se sentiront à l’abri du risque de condamnation pénale (et de fait, ils n’auront pas complètement tort), et vous comprendrez que les torrents vont continuer à s’écouler et les mules à être chargées. Les artistes auraient bien tort de célébrer cette apparente victoire. Elle a été remportée à leurs frais.

C’est fou d’être aussi aveugle.

mardi 12 mai 2009

Et vous, votre député est-il de votre côté ?

Voilà, la mal nommée loi Création et Internet, instaurant la création de l'inutile Hadopi, déjà obsolète et bientôt illégale, a été votée à l'Assemblée Nationale. L'écart pour/contre est faible, mais le résultat est le même : l'État va encore perdre inutilement de l'argent à mettre en place un machin contre-productif... Bref, je me suis déjà expliqué (comme plein d'autres) de pourquoi Hadopi ne fonctionnera jamais.

Ce qui est bien, c'est que l'on peut savoir si son député a voté pour ou contre la loi Création et Internet. Si le sujet vous tient à cœur, cela peut devenir un critère de choix, même si l'aspect politico-politicien (le PS vote contre sans savoir, l'UMP vote pour sans savoir) dilue un peu l'intérêt de la chose.
Note : si vous ne vous souvenez plus qui est votre député, vous pourrez le trouver sans soucis grâce à notre ami Wikipedia. Ah, Internet, quelle belle invention...

jeudi 9 avril 2009

La fin d'Hadopi ?

Si cela s'était passé le premier avril, personne n'y aurait cru. L'Assemblée Nationale vient de rejeter (renvoyer en commission paritaire) le texte de loi "Création et Internet", loi décriée de toutes parts et depuis très longtemps.

Je n'en ai jamais parlé ici, mais je n'en pense pas moins. Cette loi est une formidable perte de temps, pour plein de raisons parmi lesquelles on peut citer :

  • Cette loi est techniquement inapplicable, car filtrer l'ensemble des connexions des internautes français est une tâche immense. Elle a été chiffrée à environ 70 millions d'euros, que les FAI n'ont pas et que les consommateurs auraient payé à la fin.
  • Cette loi est en pratique inutile, car il a été prévu que 10000 avertissements seraient lancés par an. Vu le nombre d'internautes et la proportion supposée de grands délinquants, cela représente une chance de recevoir un mail environ tous les 16 mois, sachant que les compteurs sont remis à zéro tous les 6 mois. Inutile.
  • Interdire à qqun d'avoir une connexion internet est grave. Comment peut-on vivre aujourd'hui sans mail, sans web ? Au niveau européen, pouvoir se connecter a été reconnu comme un droit fondamental.
  • La France est le pays du triple-play, de ces forfaits internet-téléphonie-télévision. On reçoit la télévision et le téléphone par ADSL pour une grande partie des dégroupés. Techniquement, couper le net sans couper télévision et téléphone est extrêmement complexe.
  • Des hot-spots de wifi gratuits ou payants sont disponibles partout et permettent de se connecter sans donner une facture EDF pour s'identifier ! Comment les rédacteurs de cette loi ont-ils pu ne pas penser à cela ? C'est incroyable de méconnaître autant un sujet sur des aspects pourtant simples !
  • Les connexions internet sont souvent partagées, au moins entre personnes vivant dans une même famille. Comment faire pour interdire la connexion d'un membre d'une famille mais pas celle des autres ? Regarder par dessus l'épaule, cela compte ? C'est stupide... Et quid des collocations ?
  • Et enfin, last but not least, cette loi impose une lecture constante et aveugle de toutes les connexions de tous les citoyens. Cela signifie que le jour où les dirigeants le souhaitent, l'outil pour écouter les opposants ou autres est déjà créé.

Bref, que cette loi soit abandonnée est une très bonne chose. Le gouvernement a encore le droit de représenter un projet similaire mais quoi qu'il en soit, ce rejet est une bonne chose.

samedi 22 décembre 2007

Bilan 2007

Ce blog n'est pas encore totalement mort. Je me demande toujours comment font tous ces gens pour écrire tant de choses. Peut-être n'ai-je pas assez d'avis sur tout. Alors voilà un pot pourri de ce dont je n'ai pas parlé :

  • en politique, je me suis totalement planté. Faut dire qu'on nous avait pas aidés, parce qu'avec les deux précédents, on n'était pas habitués à cette débauche d'activité (stérile). Au final, ça fait surtout un sujet de conversation, à se demander si ce n'est pas juste pour nous détourner de l'actualité politique importante. Notre président, partout, tout le temps, y aura un moment où il faudra que cela cesse. Surtout si c'est pour faire des choses aussi intéressantes qu'une justice à deux vitesses, que des facs à trois vitesses, que des lois qui disent «travailler plus pour gagner moins»...
  • en cinéma, depuis deux mois c'est calme plat avec aucun film qui ne vale une sortie à 8€. J'ai dû en rater bien sûr, par manque de temps ou d'envie, mais on était loin du début d'année et de tous ces films intéressants. Je n'ai pas pris le temps de parler de The good german, ,Nue propriété, Azul, Le director, La tête de maman, Le candidat, Chansons d'amour, Persépolis, The bubble, 7h58 ce samedi-là. Tous ces films étaient très bons, et auraient mérité un billet ici (j'ai aussi vu 2 days in Paris et Les Simpson, que je n'ai que peu appréciés).
  • en musique, je n'ai plus parlé de ces albums achetés au kilo. J'écoute la plupart, en particulier du Radiohead et du Foo Fighters (dont le dernier Echoes, silence, patience & grace est parfait) en ce moment. J'ai été un peu déçu par les Daft Punk. Niveau nouveautés 2007, c'est vraiment dommage que je n'aie pas parlé ici du très bon Le petit peuple du bitume de Daran. Le dernier PJ Harvey, White Chalk, est vraiment excellent, dans un style très différent de ses précédents. Saltbreakers de Laura Veirs est plutôt bon, In the garden de Mano Solo et Les enfants de Saturne de Luke offrent quelques très bonnes chansons.

lundi 7 mai 2007

États d'âme

Je ne comptais pas parler politique ici. Je m'étais même promis de l'éviter, pour des raisons que je préfère garder pour moi. Je pense que c'est un mail d'un ami qui m'a fait changé d'avis. Un mail d'un ami sympathisant PS, disant qu'il était déçu et triste pour son pays. Répétant qu'il était triste.

Je suis de gauche, depuis «tout le temps». Pour moi, ça veut dire préférer le partage à l'individualisme, que les plus forts aident les plus faibles, Et sur cette élection, notre nouveau président s'était positionné incroyablement à droite. Beaucoup plus que ne l'a jamais fait Chirac (et donc tout probable candidat de second tour depuis que je suis en âge de voter). Alors pour moi, même si Royal ne m'emballait vraiment vraiment pas, par tout ce qu'elle est et les bourdes qu'elle a faites, le choix était fait d'avance.

Alors oui, je suis déçu. Je suis déçu de voir que cela se joue à peu de choses, en particulier à des gens du centre qui choisi de voter à droite pour barrer la route à la candidate PS, parce qu'ils la trouvent dangereuse. Mais je ne suis pas totalement déçu. Le discours de notre nouveau président était un bon discours, et si on enlève le passage sur la retour de la morale, qui me parait le plus dangereux de sa pensée, la suite était bonne. La partie internationale du discours était bonne, parce que c'était un vrai discours de président. C'est possible qu'il soit un bon président. On ne pensait pas que Chirac y arrive non plus, mais pour moi c'est très clair : Chirac a été un très bon président, celui qui a défendu ardemment le protocole de Kyoto, le refus de la guerre en Irak, et d'autres combats terriblement humains.

Sarkozy ne sera plus jamais ministre. Il ne fera plus jamais réellement ce qu'il a dit qu'il ferait, parce que ce n'est pas le président en France qui décide les lois. Ce sera même peut-être un bon président (c'est encore à voir, notamment pour l'Irak et le Moyen-Orient). Il faudra qu'il se plie au niveau national à ce que disent le gouvernement et l'Assemblée Nationale. C'est l'espoir que l'on peut avoir aujourd'hui, en pensant à ce qu'est devenu Chirac depuis qu'il est président : on ne l'entend plus, et à part choisir le premier ministre (ce qu'il a d'ailleurs toujours très mal fait :) ) il n'a plus eu d'influence sur nos vies. Gageons qu'il en soi de même pour Sarkozy,

Bien sûr, on peut avoir peur, de ce qu'il dira sur les positions interventionnistes américaines et sur la construction européenne. Je ne sais pas ce qu'il adviendra. J'avoue préférer ne pas y penser.

Maintenant, il nous reste les élections législatives. C'est dans trois semaines. Si on arrive à inverser la tendance, on aura un gouvernement de gauche et une politique loin de celle que nous ont promise Sarkozy et ses partisans. Ce sera très difficile néanmoins, parce que le PS va éclater, parce que le PC a encore pris une claque, parce que le nouveau MD est encore très jeune et indéterminé sur son orientation.

Et un jour, il faudra qu'on pense réellement à changer ce qu'il faut pour ne plus avoir ce faux débat aux élections présidentielles. Le peuple français a élu un président sur sa personnalité, très loin d'un programme de président, qui ne devrait porter que sur l'international, la sécurité du pays, et les institutions. À la place d'un débat sur ces programmes, on a déjà eu le combat des législatives avant l'heure, ce qui n'est pas normal.

Pour finir, je suis triste, bien sûr, comme un homme de gauche qui a perdu une bataille. Mais ce n'est pas si grave. On continuera de se battre pour ne pas perdre trop de libertés. Et je n'en veux pas à la France entière de ce choix, on verra ce que le futur nous réserve.