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jeudi 20 mai 2010

Le renouveau du web

Depuis trop longtemps le web n’avait que peu évolué. Non, pardon, pas le web, la vague 2.0 est passée par là : le langage html n’a pas évolué. Je code en HTML4 depuis bientôt dix ans, et déjà à l’époque 4.01 était la dernière évolution du langage. Visiblement, il avait été prévu d’avoir un grand nombre de révisions. Mais finalement, plus de 10 ans après les spécifications de HTML4.01, on les utilise encore tous les jours malgré les avancées prodigieuses en termes de contenus et d’interface.

Parce que bien sûr, le web a énormément évolué. Notre façon de naviguer a énormément évolué. Et depuis l’avènement Gmail (s’il ne fallait en citer qu’un), les sites web se sont enfin rapprochés des interfaces des logiciels natifs. Mais ce n’est pas grâce à HTML… Uniquement grâce à JavaScript, dont l’utilisation a enfin été plus importante que simplement ouvrir des pop-ups et redimensionner des fenêtres. On se retrouve avec des sites souvent complexes, qui se chargent de façon asynchrone, et dont le code devient du coup complètement illisible. Parce que HTML n’a pas évolué en 10 ans, une éternité à ce niveau.

L’avènement HTML5

2010 sera l’année du renouveau (ou peut-être 2011). Parce qu’enfin HTML5 arrive. HTML5 va apporter beaucoup de nouveautés essentielles, même si ça ne se verra pas de l’autre côté du navigateur :

  • des balises qui ont du sens, comme <article>, <aside>, <header>, <footer>, <figure>, <details>, et plein d’autres… Fini les <div class="article"> ! Fini tout simplement les multiples <div> imbriquées et illisibles.
  • des attributs supplémentaires qui ont du sens : on va enfin avoir des attributs de contrôle côté navigateur, comme min et max pour un champ input de formulaire, contenteditable pour pouvoir rendre éditable n’importe quoi ou draggable pour faire des glisser-déposer…
  • la suppression d’un grand nombre de balises dont on voulait vraiment se débarrasser : toutes ces balises qui font du formatage disparaissent, parce que HTML ne doit que donner une structure de documents et laisser à CSS faire le formatage. Les balises qui soulignent, qui biffent ou qui mettent en gras, dehors. Ouf.
  • la suppression, enfin, des frames. Quand j’ai commencé il y a presque 10 ans, j’entendais déjà dire que les frames étaient anti-accessibles, et que cacher l’adresse d’une page par ce procédé était ridicule et contre-productif. Mais beaucoup de monde utilisait cela. Aujourd’hui, plus personne (j’espère) n’utilise encore ça, mais c’est quand même mieux de la supprimer.

Mais ce n’est pas tout. Il y a LA nouvelle balise, <video> (et <audio> aussi), qui remplace enfin les <object> et autres codes à rallonge à base de flash. Les navigateurs vont enfin lire directement les vidéos, avec une interface qui sera propre au navigateur et donc identique dans tous les sites. Balise très prometteuse, elle était cependant depuis quelques mois sujet de controverse : quel(s) codec(s) supporter ? Deux camps s’affrontaient, ceux défendant un codec libre Theora (Mozilla et Opera particulièrement), et ceux défendant un codec propriétaire H264 (Microsoft et Apple surtout). L’intérêt du premier est d’être gratuit. Oui, vous ne payez rien quand vous regardez des vidéos sur Youtube… Mais youtube et le fabricant de votre navigateur peuvent être obligés de payer, selon la vidéo. Ils doivent payer des royalties à la société gérant les droits du codec utilisé, et pour H264, ce n’est pas toujours gratuit (et ça risquerait de le devenir de moins en moins). Les défenseurs du deuxième disent eux qu’il a de meilleures performances (et que ça ne les gênent pas de payer, puisque la société en question est un consortium auquel ils appartiennent, donc ils récupèrent des sous…). Ce n’est malheureusement pas faux.

Le changement : un nouveau format vidéo

Cela serait peut-être fini (soyons optimistes), grâce à Google entre autres, fortement incité par la Free Software Foundation et la fondation Mozilla. Hier, a été annoncé en grandes pompes avec un très grand nombre d’acteurs du web (dont Mozilla et Opéra, mais aussi Adobe qui a annoncé le support de VP8 dans Flash, et des producteurs de puces comme AMD et NVidia), le lancement d’un nouveau format. Il utilise une évolution de Theora, "VP8", réalisé par une société rachetée par Google cette année. Google en a libéré le code hier, et la licence d’utilisation sera gratuite. Le tout est empaqueté dans un conteneur libre, Matroska et l’audio est géré par le codec libre aussi Vorbis. Bref, c’est super. Et comme c’est l’habitude chez Google, une nouvelle techno se doit d’être plus performante que l’ancienne : VP8 serait plus performant que h264 ! (ce point-là est cependant à vérifier, on est trop dans le marketing). Je précise, que si je trouve puissant ce que lance Google jour après jour, et particulièrement Maps ou Gmail, je me refuse à croire en eux sur le chemin de la vie privée : je n’ai pas d’adresse gmail, et ne compte pas en utiliser prochainement. Je suis en tout cas de ceux qui pensent que WebM, ce nouveau format, va peut-être changer l’avenir de la vidéo sur le web.

Le cas Microsoft

On a donc un ensemble d’acteurs importants qui se sont tous entendus pour promouvoir un format (presque) libre. Mais que peut devenir un format vidéo sans le support chez Microsoft ?
Je trouve le mouvement des derniers mois chez Microsoft très intéressant, et encourageant pour la suite. On a toujours raillé Microsoft pour la qualité médiocre de son navigateur. Du moins, depuis environ 10 ans, depuis que Internet Explorer a tué Netscape Navigator parce qu’il était préinstallé mais aussi parce qu’il était meilleur, depuis Internet Explorer 5.5 quasiment, Microsoft a arrêté le développement. Internet Explorer 6, sorti en 2001, n’était pas trop mal pour l’époque. Mais le développement chez Mozilla, du navigateur qui en 2004 deviendra Firefox, ne s’est lui pas arrêté. En 2004 (et même avant je pense), on avait déjà les onglets. Sans parler du support lamentable des standards HTML et CSS (surtout CSS). Et du JavaScript propriétaire. Bref, Microsoft est tenu pour beaucoup comme responsable du retard de l’adoption de CSS2 et de la séparation structure-forme.

Mais les choses bougent. Internet Explorer 7, sorti 5 ans après la version précédente (!), a amélioré la sécurité du navigateur et le support de CSS, et introduit enfin les onglets. C’était mieux, c’était énorme pour un navigateur Microsoft, mais encore mauvais comparé aux concurrents. L’équipe de développement, dissoute entre 2001 et 2005, s’était remise au travail. En 2009, Internet Explorer 8 améliore encore tout cela, même si la sécurité fait encore rigoler et que la campagne de pub diffusées en ce moment est à pleurer, tout comme sa campagne de désinformation sur son site. Le fait est que le support des standards est meilleur, et surtout que IE6 disparaît enfin, ne serait plus utilisé que par un internaute sur 6. Ouf.

ET IE9 est annoncé pour dans pas très longtemps. Il y aura du bon et du moins bon dans ce navigateur, entre autres le support d’HTML5 et un bon support de CSS3. Mais Microsoft a fait un grande annonce hier : il supportera le VP8 dans les balises <video>, si on installe le codec VP8. À n’en pas douter, je pense que Microsoft a enfin compris que l’avenir est sur Internet (il était temps) et que cela passe par des navigateurs performants.

Le cas Apple

Par contre, Apple fait l’autruche. Apple n’aime visiblement pas le libre, même si l’on a toujours dit que MacOS était basé sur du logiciel libre et en récupérait un certain nombre d’avantages techniques. Depuis la révolution Ipod et le fait qu’Apple ait la baraka en ce moment, il se croit certainement suffisamment fort pour dicter ses volontés au monde… Apple veut un monde fermé et propriétaire, ou tout est contrôlé par lui, où on ne peut pas installer un autre système sur ses machines, ou même les applications que l’on peut utiliser doivent être validées. Le temps où Apple était le libérateur du peuple dans une fiction ressemblant à 1984 est révolu. Apple est le nouveau dictateur, ou voudrait le devenir.

Apple pour l’instant n’a rien dit sur VP8. Safari n’est prévu de supporter toujours que h264. Le problème, c’est que le parc mondial de téléphones allant sur le net est très fortement composé d’IPhones… Est-ce que les éditeurs de contenus vont bien vouloir passer à VP8 et passer outre le consentement d’Apple ? Cela nous ferait le plus grand bien.

vendredi 13 novembre 2009

Fibre : la catastrophe annoncée

La privatisation de France Télécom a été une erreur monumentale. Elle a produit un nouveau système dans lequel un opérateur privé qui ne cherche plus à assurer un service mais à rapporter toujours plus l’argent à ses actionnaires se retrouve en ultra-monopole et fait alors ce qu’il veut.

Pour beaucoup, France Télécom est uniquement l’opérateur historique. Les personnes qui n’ont pas fait attention, qui n’ont pas vu l’arrivée de Wanadoo (à l’époque, « Wanadoo - France Télécom ») absorbé dans Orange maintenant croit encore que le FAI a un rapport avec l’opérateur qui leur fournissait jadis le téléphone.

Il n’en est rien. FT/Orange pratique les prix les plus élevés du marché, et de loin. Là où SFR/Neuf et Free sont depuis longtemps à un prix fixe de 30€ par mois en zone dégroupée, cela coûte encore entre 40 et 45€ chez Orange, selon les services souscrits. Mais Orange détient pourtant encore plus de 50% des parts de marché, et ce n’est pas parce que son service d’aide est meilleur mais bien uniquement par inertie.

Mais FT est dépassé. C’est le problème d’une grosse machine du 20e siècle, quand il s’agit d’aller plus vite c’est plus compliqué. Alors ils veulent nous refaire le coup pour la fibre optique. Avec une différence de taille : tous les FAI partent du même point, de zéro. Les 2 plus gros FAI alternatifs (SFR/Neuf et Free) ainsi que l’ARCEP, autorité de régulation des télécommunications, préconisent un déploiement de la fibre qui permettraient à plusieurs opérateurs de se retrouver dans un même immeuble sans pouvoir se tirer réellement dans les pattes. En gros, selon correspond à tirer une seul grosse fibre jusqu’au pied de l’immeuble et que chaque opérateur puisse câbler les appartements qui le désirent, indépendamment d’un câblage existant. Pour ce faire, le mieux serait de créer une entité indépendante et co-financée par l’ensemble des FAI, qui se chargerait des connexions vers les immeubles. Finalement, l’équivalent de RTE pour l’électricité ou de RFF pour le train.

FT n’a aucun avantage dans cette structure, où il ne serait qu’un FAI parmi les autres, et mieux, le plus gros, celui qui financera le plus cette entité qui profite à tout le monde. Pour un opérateur public, cela irait dans le bon sens. Mais un opérateur privé ne peut pas vouloir le bien de la communauté.

La solution de FT ? « Chacun se débrouille, chacun son immeuble ». En gros, chaque syndic (pas propriétaire, hein, syndic…) choisit un opérateur qui câblera l’immeuble et l’ensemble des appartements, après appel d’offre et procédure tout-à-fait légale bien sûr. Une fois les appartements câblés, imaginez la facilité pour avoir un autre FAI que celui choisi par le syndic, et mieux, imaginez la possibilité pour ce FAI de faire payer les autres FAI qui voudraient passer par ces fibres… Donc c’est la guerre entre FAI, par techniciens interposés qui modifient sans rien dire la connexion (seul le FAI choisi par le syndic aurait accès aux fibres de l’immeuble), par offre sans réelle concurrence possible puisqu’avec des coûts différents.

Mais qui gagnerait à un système aussi pourri ? Heu… attendez, imaginez, vous êtes à la place du syndic, vous n’y connaissez rien et les propriétaires non plus. Vous pencheriez vers qui ? Ah, l’opérateur historique, qui était techniquement si bon avec son minitel que le monde nous enviait et qui a toujours été si gentil, ça ne peut être qu’un bon choix.

Jusqu’à aujourd’hui, on se disait depuis la prise de position de l’ARCEP que c’était bon, cela allait fonctionner, et on aurait bientôt cette entité multi-FAI. Mais FT a fait la grève de l’investissement en fibre. FT boude comme un gamin de 5 ans, et ne veut plus entendre parler de fibre tant qu’on ne lui a pas rendu ses jouets. Résultat ? Il se dit aujourd’hui que les plus hautes autorités de l’état seraient prêtes à céder, et donc à établir des micro-monopoles de fait un peu partout en France.

Cela signifie que dans 10 ans, au lieu d’avoir du 100Mo symétrique (en réception et en émission) à 30€ par mois, on aura plusieurs forfaits allant du 5Mo non symétrique à 20€ par mois au 100Mo non symétrique pour 70€ par mois (et 5€ pour la location du boitier télé, ce qui ne choque toujours pas les clients Orange). Pour le symétrique, on attendra 2050, quand FT/Orange aura enfin été démantelé correctement. De toute façon le symétrique c’est pour les méchants pirates, c’est bien connu. Et puis il faudrait pas qu’on ait la possibilité technique d’utiliser Internet autrement que comme un gros minitel.

En Islande, ils sont en faillite. Mais ils sont en avance sur nous sur les connexions haut-débit.